Les propriétaires qui souhaitent engager des travaux de rénovation énergétique dans leur logement ne trouvent plus porte close devant le guichet Ma Prime Rénov depuis le 23 février. C’est déjà ça. Pour autant, les grandes heures des aides gouvernementales à la rénovation énergétique semblent bel et bien révolues. Les rénovations par gestes sont celles qui n’engagent qu’une seule action à la fois. Dans cette catégorie, deux types de travaux, pourtant très courants, sortent du spectre des remboursements en 2026.
Le premier, c’est l’installation d’une chaudière bois. Le second, c’est l’isolation des murs, qu’elle s’effectue par l’extérieur (ITE) ou par l’intérieur. En 2024, 8 % des gestes de rénovation subventionnés et 12 % des montants concernaient justement une isolation des murs. Des primes qui pouvaient aller jusqu’à 150 €/m2 pour les revenus les plus modestes. Ma Prime Rénov peut toujours financer ces travaux, mais seulement dans le cadre d’un parcours accompagné. L’objectif est d’inciter les personnes à se tourner vers une rénovation d’ampleur.
La rénovation d’ampleur implique au moins deux gestes de rénovation distincts et un gain significatif de performance énergétique. Elle connaît elle aussi d’importants changements. Depuis la réouverture du guichet, fin février, tous les ménages peuvent déposer un dossier. Et cela quels que soient leurs revenus. Il faut rappeler qu’avant la période de fermeture liée à la non-adoption du budget 2026 en temps et en heure, cette aide était réservée aux foyers les plus modestes (Ma Prime Rénov Bleu).
Elle était également uniquement fléchée vers les logements classés en passoires énergétiques (F et G). Une catégorie qui reste prioritaire. Le rendez-vous personnalisé avec un conseiller France Rénov’ reste obligatoire avant tout dépôt d’une demande. Concernant les plafonds de dépenses éligibles, ils sont aussi à la baisse. Ils passent de 40 à 30 000 € pour un gain de deux classes de DPE et de 55 à 40 000 € pour un gain de trois classes. La subvention va, ensuite, de 10 % pour les revenus supérieurs à 80 % pour les revenus très modestes.
Le budget alloué par l’État à Ma Prime Rénov en 2026 reste sur les bases de 2025, avec 3,6 milliards d’euros. L’objectif étant de financer 120 000 rénovations au cours de l’année. Le problème, c’est que 83 000 dossiers avaient déjà été déposés avant l’interruption du service et sont toujours dans les tuyaux. Pour les rénovations hors-copropriétés, on est déjà proche de la saturation puisque sur les 52 000 chantiers finançables, 45 000 dossiers ont d’ores et déjà été déposés. Autrement dit… De marge de manœuvre, il n’y a plus beaucoup. La première conséquence de tout cela, ce sont les délais d’instruction qui n’étaient déjà pas particulièrement courts et qui continuent de s’étirer. On parle aujourd’hui de six mois pour une rénovation d’ampleur et de trois mois au moins pour une rénovation par geste.
Mais ce que les professionnels redoutent est plus grave encore. Le risque, c’est une impossibilité de subventionner de nouveaux projets, faute de budget suffisant. Même en réduisant les enveloppes de remboursement, la cagnotte de 2026 aura bien du mal à contenter tout le monde.
Pour financer leurs travaux énergétiques et contourner la panne annoncée de MaPrimeRénov, de plus en plus de candidats à la rénovation se tournent vers ce que l’on appelle les Certificats d’Economie d’Energie (CEE). Ce mécanisme repose sur le principe du « pollueur-payeur ». Autrement dit, les fournisseurs d’énergie (électricité, fioul, gaz…) sont contraints d’aider les particuliers à financer des travaux énergétiques en compensation de leur activité. Pour répondre à cet engouement, le ministère de la transition écologique a annoncé que le budget alloué aux CEE passait pour 2026 de 6 à 8 milliards d’euros. L’aide des CEE sera donc accessible, elle, tout au long de l’année. Problème : elle est nettement moins intéressante que celle de MaPrimeRénov’.
Les primes s’élèvent à quelques centaines d’euros pour l’installation d’une pompe à chaleur et une centaine d’euros, par exemple, pour le changement d’une fenêtre. En revanche, les conditions pour en bénéficier sont nettement moins contraignantes. Pour résumer, à peu près tout le monde peut y prétendre. Et, pour l’obtenir, la demande doit être effectuée directement auprès du fournisseur d’énergie, le plus souvent une entreprise privée ce qui, naturellement, facilite les démarches.
Pour autant, d’un point de vue environnemental, les CEE n’ont pas du tout la même efficacité qu’une rénovation d’ampleur. Il ne s’agit que d’un coup de pouce, souvent assez modeste, pour un geste de rénovation qui n’est pas forcément le plus approprié ou le plus efficace.
En dehors de MaPrimeRénov’, c’est l’autre levier majeur de la rénovation énergétique en France. Le Prêt à Taux Zéro est accessible sans condition de ressources. Pour le mobiliser, il faut que les travaux concernent une résidence principale construite depuis plus de deux ans.
Il peut servir à financer des travaux d’isolation thermique d’une toiture ou de murs donnant sur l’extérieur. Cela fonctionne aussi pour les parois vitrées et les portes donnant sur l’extérieur ou les planchers bas. Un PTZ peut également être mobilisé pour l’installation d’un système de chauffage ou d’une source d’énergie renouvelable.
Le montant du PTZ dépend du type de travaux que l’on veut financer. Cela peut aller de 7 000 euros pour le remplacement de fenêtres à plus de 50 000 euros pour un programme de rénovation globale, généralement dans le cadre d’un parcours accompagné par MaPrimeRénov.
Il est à noter que le PTZ est cumulable avec toutes les autres aides disponibles, ce qui peut tout de même faciliter le financement de vos travaux.
Le besoin de financement pour des travaux de rénovation est tel et les aides sont devenues si aléatoires ou si illisibles, que des solutions alternatives commencent à émerger. En témoigne, par exemple, la startup bordelaise Vasco qui propose un financement des travaux de rénovation, sans emprunt et même, sans avancer d’argent. Le principe ? La plateforme finance tout ou partie des travaux, en échange d’une part dans la propriété du bien. Cette part sera versée au moment de la revente ou quand où le propriétaire du bien décidera de la rembourser. Une solution innovante qui impose quand même un passage devant le notaire…
C’est la conséquence la plus regrettable, mais qui est malheureusement aussi de plus en plus fréquente, des difficultés liées aux aides à la rénovation énergétique. Un nombre croissant de ménages, faute de financements ou parce qu’ils ne savent plus bien à quelles aides ils peuvent encore prétendre, renoncent purement et simplement à entreprendre des travaux énergétiques.
Ces travaux, pourtant sont souvent nécessaires et, à terme, source d’économie, dans la mesure où ils réduisent les factures d’énergie. Préjudiciable pour les propriétaires, cela l’est aussi pour le marché de l’immobilier, puisque le parc de logements ne se rénove pas aussi rapidement qu’il le devrait. Et puis surtout, ces retards dans les travaux, ces isolations qui ne se font pas, ces fenêtres qui ne se changent pas, ce sont autant de concessions faites dans la lutte contre le réchauffement climatique à laquelle, pourtant, toutes les politiques publiques en matière de logement ne cessent de se référer.
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